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Ce qui change concrètement
Jusqu'à la session 2025, l'orthographe pesait peu hors de l'épreuve de français. Un correcteur d'histoire pouvait, au mieux, retirer un ou deux points pour une copie truffée de fautes : rien d'éliminatoire. À partir de juin 2026, la consigne ministérielle est explicite :
« Les correcteurs porteront une attention particulière à la qualité de l'écrit : orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de l'expression et lisibilité du propos. » — Circulaire du 26 mars 2026, ministère de l'Éducation nationale
Le mot clé est éliminatoire. Une copie dont la langue est jugée insuffisante ne pourra plus atteindre la moyenne, quelle que soit la justesse du raisonnement. La mesure s'applique aussi bien au baccalauréat général qu'au baccalauréat technologique, et au diplôme national du brevet.
Concrètement, un élève qui rédige une excellente analyse en histoire-géographie mais ponctue son devoir de fautes d'accord ou d'homophones (a/à, ou/où, ces/ses, leur/leurs) pourra se retrouver sous la barre. Les correcteurs sont invités à intégrer cette dimension dans leur appréciation globale, et pas seulement à enlever quelques points symboliques en marge.
Pourquoi maintenant ? Le constat du recul
La décision n'est pas un coup politique isolé. Elle vient conclure une décennie de rapports concordants. La note de la DEPP — service statistique du ministère — publiée en novembre 2021 avait fait l'effet d'une déflagration : la même dictée de Fénelon proposée à des CM2 en 1987, 2007, 2015 et 2021 montrait un nombre moyen de fautes en hausse continue. De 10,6 fautes en 1987, on est passé à 19,4 en 2021. Soit un quasi-doublement en trente-cinq ans.
Côté adultes, le baromètre Voltaire confirme une moyenne en deçà de la moitié des règles maîtrisées. Le diagnostic est partagé jusque dans les milieux professionnels : écoles supérieures et recruteurs signalent depuis plusieurs années des lacunes qui pénalisent à l'embauche.
Face à ces signaux, le ministère a choisi un levier simple : remettre l'orthographe au centre, et la sanctionner partout. C'est un signal envoyé aux familles, aux établissements et aux élèves.
Le brevet 2026 : nouvelle pondération, nouvelle épreuve
Au-delà de l'orthographe éliminatoire, le diplôme national du brevet connaît plusieurs ajustements importants pour les élèves de troisième :
- Le poids des épreuves écrites passe de 50 % à 60 % de la note finale, au détriment du contrôle continu. Objectif affiché : rendre au diplôme une part de sa valeur d'évaluation indépendante.
- Une nouvelle épreuve écrite de mathématiques est introduite, distincte de l'épreuve de sciences existante.
- L'orthographe devient un critère éliminatoire sur l'ensemble des épreuves écrites, y compris en histoire-géographie-EMC et en sciences.
Le ministère insiste sur l'effet d'entraînement : si la notation orthographique est sévère au brevet, les enseignants de tous niveaux — y compris du primaire — y consacreront plus de temps en amont. La réforme est aussi un signal envoyé en cascade vers les classes de CM2, 6ème, 5ème et 4ème.
Le plan « Collège en Progrès » et le concours d'excellence 2027
Le durcissement de la notation ne va pas sans accompagnement. Le plan Collège en Progrès cible 800 établissements jugés fragilisés. Ils bénéficient de moyens renforcés : heures de soutien supplémentaires, formation continue des enseignants, ressources pédagogiques dédiées.
En parallèle, le ministère annonce pour janvier 2027 la création d'un concours général des collèges, sur le modèle du concours général des lycées. Les élèves volontaires de troisième pourront s'y mesurer en français, mathématiques, histoire-géographie et code. C'est une rupture symbolique : on assume publiquement de récompenser l'excellence dès le collège.
La philosophie d'ensemble est résumée par le ministère en une phrase : « la maîtrise de la langue conditionne la compréhension du monde, la sérénité dans la relation à l'autre et l'autonomie de la pensée ».
Préparer son enfant à la réforme
La réforme cible des compétences qui ne s'improvisent pas la veille d'une épreuve. L'orthographe se construit par exposition régulière, par répétition, et par compréhension des règles plus que par mémorisation pure. Quelques principes simples à mettre en place dès maintenant :
1. Pratiquer la dictée chaque semaine, pas seulement avant le brevet
Cinq à dix minutes plusieurs fois par semaine valent mieux qu'une heure le dimanche. Le cerveau consolide pendant le sommeil, il a besoin de répétitions espacées pour ancrer durablement les automatismes des accords et des homophones.
2. Cibler les fautes récurrentes, pas l'ensemble du dictionnaire
Quatre familles de fautes pèsent à elles seules pour 80 % des erreurs typiques d'un élève de collège : les homophones grammaticaux (a/à, et/est, on/ont, ses/ces), les accords du participe passé, la conjugaison des verbes au passé, et les pluriels irréguliers. Travailler ces quatre familles, c'est éliminer la majeure partie des copies recalées pour orthographe.
3. Apprendre à se relire
Une copie de bac ou de brevet, même soignée, contient toujours quelques fautes au premier jet. La relecture orientée — chercher les accords sujet-verbe, puis les participes passés, puis les homophones — est une compétence en soi. Elle s'entraîne, idéalement avec un outil qui surligne les fautes détectées plutôt qu'un parent qui doit jouer le prof.
4. Lire, vraiment lire
L'orthographe ne s'apprend pas seulement avec des règles : elle se mémorise par exposition. Vingt minutes de roman par jour exposent l'œil à des milliers de mots correctement orthographiés, sans effort conscient. C'est probablement le levier le plus sous-estimé.
MethodicAi