Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
Texte de référence :
Je n'aime pas la guerre. Je n'aime aucune sorte de guerre. Ce n'est pas par sentimentalité. Je suis resté quarante-deux jours devant le fort de Vaux et il est difficile de m'intéresser à un cadavre désormais. Je ne sais pas si c’est une qualité ou un défaut : c'est un fait. Je déteste la guerre. Je refuse de faire la guerre pour la seule raison que la guerre est inutile. Oui, ce simple petit mot. Je n'ai pas d'imagination. Pas horrible ; non, inutile simplement.
Ce qui me frappe dans la guerre ce n'est pas son horreur : c'est son inutilité. Vous me direz que cette inutilité précisément est horrible. Oui, mais par surcroît. Il est impossible d'expliquer l'horreur de quarante-deux jours d'attaque devant Verdun à des hommes qui, nés après la bataille, sont maintenant dans la faiblesse et dans la force de la jeunesse. Y réussirait-on qu'il y a pour ces hommes neufs une sorte d'attrait dans l'horreur en raison même de leur force physique et de leur faiblesse. Je parle de la majorité. Il y a toujours, évidemment, une minorité qui fait son compte et qu'il est inutile d'instruire.
La majorité est attirée par l'horreur ; elle se sent capable d'y vivre et d'y mourir comme les autres ; elle n'est pas fâchée qu'on la force à en donner la preuve. Il n'y a pas d'autre vraie raison à la continuelle acceptation de ce qu'après on appelle le martyre et le sacrifice. Vous ne pouvez pas leur prouver l'horreur. [...] L'horreur s'efface. Et j'ajoute que, malgré toute son horreur, si la guerre était utile, il serait juste de l'accepter. Mais la guerre est inutile et son inutilité est évidente.
L'inutilité de toutes les guerres est évidente. Qu'elles soient défensives, offensives, civiles, pour la paix, le droit pour la liberté, toutes les guerres sont inutiles. La succession des guerres dans l'histoire prouve bien qu'elles n'ont jamais conclu puisqu'il a toujours fallu recommencer les guerres. La guerre de 1914 a d'abord été pour nous, Français, une guerre dite défensive. Nous sommes-nous défendus ? Non, nous sommes au même point qu'avant. Elle devait être ensuite la guerre du droit. A-t-elle créé le droit ? Non, nous avons vécu, depuis, des temps pareillement injustes. Elle devait être la dernière des guerres ; elle était la guerre à tuer la guerre. L'a-t-elle fait ? Non. On nous prépare de nouvelles guerres ; elle n'a pas tué la guerre ; elle n'a tué que des hommes inutilement. La guerre civile d'Espagne n'est pas encore finie qu'on aperçoit déjà son évidente inutilité. Je consens à faire n'importe quel travail utile, même au péril de ma vie. Je refuse tout ce qui est inutile et en premier lieu toutes les guerres car c'est un travail dont l'inutilité pour l'homme est aussi claire que le soleil.
Jean GIONO, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, 1938.
Un martyre : homme mort pour sa religion ou pour sa foi.
Questions de compréhension et compétences d'interprétation (32 points)
Vos réponses seront lisibles, complètes et entièrement rédigées. Vous n’oublierez pas de mettre les citations entre guillemets. Vous sauterez systématiquement des lignes.
- En vous aidant du paratexte, identifiez qui s’exprime et à qui il s’adresse. (4 points)
- Quelle est la thèse défendue par le texte ? Reformulez-la et justifiez par au moins trois citations du texte. (5 points)
- Relevez l’argument principal illustrant cette thèse dans le dernier paragraphe ainsi que deux exemples. (6 points)
- Selon vous, quels procédés d’écriture rendent l’argumentation convaincante ? Citez, nommez et analysez-en au moins deux. (6 points)
- « Je parle de la majorité » (l. 12- 13) : dans le deuxième paragraphe, relevez deux expressions expliquant qui est cette « majorité ». Reformulez ce que Giono pense d’elle. (4 points)
- Présentez et décrivez cette image (Otto Dix, La Guerre) en la mettant en rapport avec le texte. (7 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une proposition de correction détaillée et pédagogique, adaptée à des élèves de 3ème.
1. En vous aidant du paratexte, identifiez qui s’exprime et à qui il s’adresse. (4 points)
- Méthode : Le paratexte désigne toutes les informations qui entourent le texte (titre, auteur, date, notes de bas de page). Il faut l'utiliser pour trouver l'émetteur (celui qui parle) et le destinataire (celui à qui l'on s'adresse).
- Raisonnement : En regardant à la fin du texte, on trouve la source : "Jean GIONO, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, 1938."
- L'auteur est Jean Giono. Comme le texte est écrit à la première personne ("Je n'aime pas..."), c'est lui qui s'exprime.
- Le titre de l'œuvre indique clairement à qui cette lettre est destinée : "aux paysans".
- Réponse rédigée : En m'appuyant sur le paratexte situé à la fin de l'extrait, je peux identifier que celui qui s'exprime est l'auteur, Jean Giono. Il s'adresse aux paysans, comme l'indique le titre de son œuvre : Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix.
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