Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
A – Texte littéraire
Dans ce récit, l’auteur évoque son enfance en Haïti.
L’été 63
J’ai passé mon enfance à Petit-Goâve, à quelques kilomètres de Port-au-Prince. Si vous prenez la nationale Sud, c’est un peu après le terrible morne Tapion. Laissez rouler votre camion (on voyage en camion, bien sûr) jusqu’aux casernes (jaune feu), tournez tranquillement à gauche, une légère pente à grimper, et essayez de vous arrêter au 88 de la rue Lamarre.
Il est fort possible que vous voyiez, assis sur la galerie, une vieille dame au visage serein et souriant à côté d’un petit garçon de dix ans. La vieille dame, c’est ma grand-mère. Il faut l’appeler Da. Da tout court. L’enfant, c’est moi. C’est l’été 63.
De fortes fièvres
Quand on y pense bien, il ne s’est rien passé durant cet été, sinon que j’ai eu dix ans. Il faut dire que j’ai été un peu malade, j’ai eu de fortes fièvres, et c’est pour cela que vous m’avez trouvé tranquillement assis aux pieds de ma grand-mère. Selon le bon docteur Cayemitte (un beau nom de fruit tropical), je devais garder le lit durant toutes les grandes vacances. Da m’a permis de rester sur la galerie à écouter les cris fous de mes copains qui jouent au football, tout à côté, dans le parc à bestiaux. L’odeur du fumier me monte aux narines.
Le paysage
On dirait un dessin de peintre naïf avec, au loin, de grosses montagnes chauves et fumantes. Là-haut, les paysans ramassent le bois sec pour le brûler. Je distingue les silhouettes d’un homme, d’une femme et de trois enfants dans le coin du vieux morne. L’homme est en train de faire un feu à trois pas de sa maison, une petite chaumière avec une porte et deux fenêtres. La femme vient de rentrer dans la maison d’où elle ressort immédiatement pour aller se placer devant l’homme. Elle lui parle en faisant de grands gestes avec les bras. Une fumée noire et épaisse monte vers un ciel bleu clair. L’homme ramasse un paquet de brindilles qu’il jette dans le feu. La flamme devient plus vive. Les enfants courent tout autour de la maison. La femme les fait entrer et retourne de nouveau vers l’homme. Le feu est entre eux deux.
Je raconte tout cela à Da. Il faut dire que je raconte tout à Da. Da dit que j’ai un œil d’aigle.
Dany LAFERRIÈRE, L’Odeur du café, 1991.
Notes :
- morne : colline
- galerie : sorte de balcon ou de véranda devant ou autour d’une maison
B – Document iconographique
(Couverture de l’édition Typo Roman de L’Odeur du café)
Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)
Dans le passage intitulé « L’été 63 », comment l’auteur s’y prend-il pour faire entrer le lecteur dans l’univers de son livre ? (6 points)
a) Dans l’ensemble du texte, quel est le temps verbal dominant ? (1 point)
b) Quel est l’effet produit sur le lecteur par le choix de ce temps ? (2 points)Lignes 13 à 28.
a) Quels sont dans ce passage les différents sens qui sont mentionnés (vue, odorat, ouïe...). Vous justifierez votre réponse par des références précises au texte. (3 points)
b) Pourquoi, selon vous, l’auteur mentionne-t-il ces perceptions ? (3 points)Lignes 10 à 28.
a) Pourquoi l’enfant est-il obligé de rester sur la galerie ? (2 points)
b) En quoi est-il différent des autres enfants ? (2 points)
c) Qu’est-ce que cette situation lui permet de faire ? (2 points)Dans le passage intitulé « Paysage », lignes 16 à 28 :
a) Que signifie « avoir un œil d’aigle » (lignes 27-28) ? (2 points)
b) Quel lien pouvez-vous faire entre cette phrase et le titre du passage. (2 points)Selon vous, l’image de la couverture du livre est-elle une bonne illustration du texte ? Justifiez votre réponse par des éléments précis empruntés à l’image et au texte. (5 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une proposition de correction détaillée et pédagogique, adaptée à des élèves de 3ème.
Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)
1. Dans le passage intitulé « L’été 63 », comment l’auteur s’y prend-il pour faire entrer le lecteur dans l’univers de son livre ? (6 points)
- Méthode : Pour répondre à cette question, il faut observer comment l'auteur s'adresse au lecteur et comment il décrit le lieu pour le rendre réel et proche.
- Raisonnement :
- On remarque tout de suite l'utilisation du pronom "vous" ("Si vous prenez", "Laissez rouler", "tournez", "essayez de vous arrêter", "vous voyiez"). L'auteur s'adresse directement au lecteur, comme s'il lui parlait en face à face ou lui donnait des indications routières.
- Il utilise l'impératif ("Laissez", "tournez", "essayez") pour guider le lecteur pas à pas.
- Il donne des détails géographiques très précis ("Petit-Goâve", "nationale Sud", "morne Tapion", "88 de la rue Lamarre") et des détails visuels ("casernes (jaune feu)"). Cela donne l'impression que le lieu existe vraiment et qu'on s'y rend physiquement.
- Enfin, il présente les personnages comme si le lecteur allait les rencontrer ("Il est fort possible que vous voyiez...").
- Réponse rédigée :
Pour faire entrer le lecteur dans l'univers de son livre, l'auteur s'adresse directement à lui en utilisant le pronom personnel "vous" ("Si vous prenez", "vous voyiez") et des verbes à l'impératif ("Laissez", "tournez", "essayez"). Il agit comme un guide touristique donnant un itinéraire précis. De plus, il ancre son récit dans la réalité en donnant des noms de lieux exacts (Petit-Goâve, la nationale Sud, le morne Tapion, le 88 de la rue Lamarre) et des détails colorés ("casernes (jaune feu)"). Le lecteur a ainsi l'impression de voyager avec le narrateur et d'arriver physiquement devant la maison pour rencontrer les personnages.
MethodicAi