Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
A – Texte littéraire
Le narrateur raconte un souvenir d’enfance.
Je suis déjà couché, mais une singulière rumeur, un frémissement du haut en bas de la maison, joints à des vagues harmonieuses, écartent de moi le sommeil. Sans doute ai-je remarqué, dans la journée, des préparatifs. Sans doute l’on m’a dit qu’il y aurait un bal ce soir-là. Mais, un bal, sais-je ce que c’est ? Je n’y avais pas attaché d’importance et m’étais couché comme les autres soirs. Mais cette rumeur à présent… J’écoute ; je tâche de surprendre quelque bruit plus distinct, de comprendre ce qui se passe. Je tends l’oreille. À la fin, n’y tenant plus, je me lève, je sors de la chambre à tâtons dans le couloir sombre et, pieds nus, gagne l’escalier plein de lumière. Ma chambre est au troisième étage. Les vagues de sons montent du premier ; il faut aller voir ; et, à mesure que de marche en marche je me rapproche, je distingue des bruits de voix, des frémissements d’étoffes, des chuchotements et des rires. Rien n’a l’air coutumier ; il me semble que je vais être initié tout à coup à une autre vie, mystérieuse, différemment réelle, plus brillante et plus pathétique, et qui commence seulement lorsque les petits enfants sont couchés. Les couloirs du second tout emplis de nuit sont déserts ; la fête est au-dessous. Avancerai-je encore ? On va me voir. […] Tout à coup quelqu’un bondit vers moi ; c’est Marie, ma bonne, qui comme moi tâchait de voir, dissimulée un peu plus bas au premier angle de l’escalier. Elle me saisit dans ses bras ; je crois d’abord qu’elle va me reconduire dans ma chambre, m’y enfermer ; mais non, elle veut bien me descendre, au contraire, jusqu’à l’endroit où elle était, d’où le regard cueille un petit brin de la fête. À présent j’entends parfaitement bien la musique. Au son des instruments que je ne puis voir, des messieurs tourbillonnent avec des dames parées qui toutes sont beaucoup plus belles que celles du milieu du jour. La musique cesse ; les danseurs s’arrêtent ; et le bruit des voix remplace celui des instruments. Ma bonne va me remmener ; mais à ce moment une des belles dames qui se tenait debout, appuyée près de la porte et s’éventait, m’aperçoit ; elle vient à moi, m’embrasse et rit parce que je ne la reconnais pas. C’est évidemment cette amie de ma mère que j’ai vue précisément ce matin ; mais tout de même je ne suis pas bien sûr que ce soit tout à fait elle, elle réellement. Et quand je me retrouve dans mon lit, j’ai les idées toutes brouillées et je pense, avant de sombrer dans le sommeil, confusément : il y a la réalité et il y a les rêves ; et puis il y a une seconde réalité.
André GIDE, Si le grain ne meurt, 1926.
B – Image
Depardon et Loustal, Carthagène, 2015 (photographie Raymond Depardon)
Travail sur le texte littéraire et sur l’image (50 points – 1h10)
Les réponses doivent être entièrement rédigées
Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Lignes 1 à 6 : « Je suis déjà couché […] Je tends l’oreille. »
Pour quelles raisons le narrateur ne parvient-il pas à s’endormir ? (3 points)Lignes 7 à 13 : « À la fin, n’y tenant plus […] lorsque les petits enfants sont couchés. »
a) Qu’est-ce que le narrateur décide de faire ? Pourquoi ? (2 points)
b) Quel effet la scène qu’il perçoit produit-elle sur lui ? (3 points)Lignes 15 à 19 : « Tout à coup quelqu’un bondit vers moi […] un petit brin de la fête. »
a) Quel autre personnage se trouve également dans l’escalier ? (2 points)
b) Selon vous, pourquoi ce personnage et l’enfant se cachent-ils ? (3 points)Lignes 19 à 23 « À présent j’entends parfaitement bien […] remplace celui des instruments. »
Pourquoi peut-on dire que les deux personnages assistent à un spectacle ? Justifiez votre réponse par des relevés précis. (4 points)Lignes 23 à 29 : « Ma bonne va me remmener […] et puis il y a une seconde réalité. »
a) Par qui le narrateur est-il reconnu ? (2 points)
b) Pourquoi le narrateur dit-il qu’il a « les idées toutes brouillées » ? Justifiez votre réponse par des relevés précis. (3 points)
c) Selon vous, que veut dire le narrateur quand il parle de « seconde réalité » ? (3 points)Image.
a) Décrivez précisément la photographie et proposez un titre. (3 points)
b) Quels liens pouvez-vous établir entre la photographie et le texte ? Justifiez par des éléments précis. (4 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une proposition de correction détaillée et pédagogique, adaptée à des élèves de 3ème.
Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
1. Lignes 1 à 6 : « Je suis déjà couché […] Je tends l’oreille. »
Pour quelles raisons le narrateur ne parvient-il pas à s’endormir ? (3 points)
MethodicAi