Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
A – Texte littéraire
(5) Mon premier amour a les dents jaunes. Il entre dans mes yeux de deux ans, deux ans et demi. Il se glisse par la prunelle de mes yeux jusqu’à mon cœur de petite fille où il fait son trou, son nid, sa tanière. Il y est encore à l’heure où je vous parle. Aucun n’a su prendre sa place. Aucun n’a su descendre aussi loin. J’ai entamé ma carrière d’amoureuse à deux ans avec le plus fier amant qui soit : les suivants ne seraient jamais à la hauteur, ne pourraient jamais l’être. Mon premier amour est un loup. Un vrai loup avec fourrure, odeur, dents jaune ivoire, yeux jaune mimosa. Des taches d’étoiles jaunes dans une montagne de pelage noir.
Mes parents sortent en criant de la roulotte, c’est la nuit, les autres roulottes, (10) une à une, s’éclairent, tous en descendent, le clown, l’écuyère, le jongleur, les femmes, les autres enfants, tous en chemise de nuit, en pyjama ou à moitié nus, ils m’appellent, s’accroupissent sous les camions pour voir si je ne m’y suis pas cachée par jeu et ensuite endormie – c’est déjà arrivé plusieurs fois –, ils s’éloignent sur la place du village, appellent encore, n’appellent plus mais hurlent, des fenêtres (15) commencent à s’allumer aux maisons voisines et des gens se fâchent, crient au tapage nocturne, menacent des gendarmes. C’est ma tante qui me trouve. Elle court aussitôt de l’un à l’autre, impose le silence, fait signe qu’on la suive sans bruit, surtout sans aucun bruit : voilà le cirque au complet qui s’approche de la cage, la porte est entrouverte, je suis allongée sur la paille dorée à l’urine et j’ai les yeux (20) fermés, ma petite tête de deux ans appuyée contre le ventre du loup. Je dors. Je dors d’un sommeil limpide et bienheureux. […]
Donc toute la tribu est là, en demi-cercle devant le tableau de la petite fille au loup. D’accord il n’est pas dangereux mais, quand même, il y a des limites, mon père s’approche, entre dans la cage et quand il va pour me saisir, le loup redresse la tête, (25) seulement la tête, aucun mouvement du ventre ou des pattes, comme s’il souhaitait ne pas me réveiller – et il se met à grogner pour la première fois, à montrer ses dents jaunies. Nouvelle tentative de mon père, un grognement plus fort, plus net, et les dents qui se découvrent jusqu’aux gencives.
Christian Bobin, La folle allure, 1995.
B – Image
La Louve du Capitole (ou Louve capitoline). Sculpture en bronze. Musée du Capitole, Rome.
Selon la légende, les jumeaux Romulus et Rémus sont abandonnés par leur mère et recueillis par une louve. Ils deviendront les fondateurs de la ville de Rome.
Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)
Dans le premier paragraphe, recopiez la phrase qui montre que ce souvenir reste important pour la narratrice. (3 points)
Lignes 9 à 16.
a) Pourquoi les parents crient-ils ? (3 points)
b) À quoi voit-on que tout le monde est affolé ? Répondez en vous appuyant sur le lexique et la ponctuation. (6 points)Lignes 16 à 21.
Pourquoi la tante demande-t-elle qu’on la suive sans aucun bruit ? (5 points)Lignes 22 à 28.
a) La réaction du loup vous surprend-elle ? Justifiez votre réponse (5 points)Image
a) Décrivez la sculpture figurant sur cette image. (4 points)
b) Quel rapprochement pouvez-vous faire entre cette sculpture et le texte ? Justifiez votre réponse. (4 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une proposition de correction détaillée et pédagogique pour cet exercice de compréhension et d'interprétation, adaptée à des élèves de 3ème.
6. Dans le premier paragraphe, recopiez la phrase qui montre que ce souvenir reste important pour la narratrice.
- Méthode : Il s'agit de repérer une information précise dans le texte. Il faut lire attentivement le premier paragraphe et chercher une phrase qui exprime la durée de ce sentiment ou son impact sur la vie de la narratrice jusqu'à aujourd'hui.
- Raisonnement : Dans le premier paragraphe, la narratrice parle de son "premier amour" qui est un loup. Elle explique que ce sentiment est né quand elle avait deux ans. Pour montrer que ce souvenir est toujours important, il faut trouver une phrase qui fait le lien entre ce passé lointain et le présent de la narratrice. La phrase "Il y est encore à l’heure où je vous parle." (ligne 3) montre bien que ce sentiment (ou ce souvenir) est toujours présent dans son cœur au moment où elle raconte l'histoire. Les phrases suivantes ("Aucun n'a su prendre sa place", "les suivants ne seraient jamais à la hauteur") confirment cette idée, mais la phrase la plus directe sur la persistance du souvenir est la première citée.
- Réponse attendue : La phrase qui montre que ce souvenir reste important pour la narratrice est : « Il y est encore à l’heure où je vous parle. » (ligne 3). On pouvait aussi accepter : « Aucun n’a su prendre sa place. » ou « les suivants ne seraient jamais à la hauteur, ne pourraient jamais l’être. »
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