Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
Texte littéraire :
Baïkal et Kate sont sortis clandestinement de « Globalia », le monde dans lequel ils vivent. Ils se retrouvent dans la « non-zone » qu’ils ne connaissent pas.
— Tu ne comprends pas, Kate, je te l’ai souvent répété. Ce sera partout la même chose. Partout nous serons en Globalia. Partout, nous retrouverons cette civilisation que je déteste.
— Évidemment, puisqu’il n’y en a qu’une ! Et c’est heureux. Aurais-tu la nostalgie du
5 temps où il y avait des nations différentes qui n’arrêtaient pas de se faire la guerre ?
Baïkal haussa les épaules. Kate poussa son avantage.
— Il n’y a plus de frontières, désormais. Ce n’est tout de même pas plus mal ?
— Bien sûr que non, Kate. Tu me récites la propagande que tu as apprise comme nous tous. Globalia, c’est la liberté ! Globalia, c’est la sécurité ! Globalia, c’est le bonheur !
10 Kate prit l’air vexé. Le mot de propagande était blessant. Il ne s’agissait ni plus ni moins que de la vérité.
— Tu te crois certainement plus malin que moi, mais tu ne peux tout de même pas nier qu’on peut aller partout. Ouvre ton multifonction, sélectionne une agence de voyages et tu pars demain dans n’importe quel endroit du monde…
15 — Oui, concéda Baïkal, tu peux aller partout. Mais seulement dans les zones sécurisées, c’est-à-dire là où on nous autorise à aller, là où tout est pareil.
— Mais tout Globalia est sécurisé ! L’Europe, l’Amérique, la Chine… Le reste, c’est le vide, ce sont les non-zones.
Baïkal reprit d’un ton passionné et s’écria :
20 — Moi, je continue à croire qu’existe un ailleurs.
Kate soupira.
— C’est ce que tu m’as expliqué et c’est pour cela que je t’ai suivi. Mais rends-toi à l’évidence. L’ailleurs est dans tes rêves, mon amour. Il n’y a que quelques endroits pourris aux confins du monde, des réserves, des friches.
25 — Depuis six mois je recoupe les informations, insista Baïkal en secouant la tête – mais on sentait le désespoir éteindre sa voix. Je suis sûr que toutes ces non-zones sont en continuité. On peut sortir d’ici et rejoindre la mer, il doit y avoir des déserts, des villes peut-être. J’ai fait l’impossible pour obtenir des plans. J’ai soudoyé un type dont le grand-père était botaniste. Il avait effectué des missions dans les non-zones. Il m’a vendu ce logiciel
30 cartographique, mais il est sans doute dépassé : on ne reconnaît plus rien.
Kate le sentait au bord des larmes. Elle passa sa main dans ses cheveux, lissa ses éternels épis couleur de jais qui se redressaient aussitôt.
— Rentrons maintenant, souffla-t-elle. Nous raconterons que nous nous sommes perdus, que la porte était ouverte, que nous avons voulu être seuls dans la montagne. Cela
35 n’ira pas bien loin. Une amende peut-être.
— Non, dit Baïkal en secouant la tête. Je ne retournerai pas là-bas. Ce monde est une prison.
Jean-Christophe Rufin, Globalia, 2004.
Multifonction : ordinateur.
Soudoyer : payer quelqu’un pour obtenir quelque chose de défendu.
Botaniste : scientifique qui étudie les plantes, les fleurs et les arbres.
Jais : de couleur noire.
Document iconographique :
Quino, scénariste et auteur de bandes dessinées argentin, porte un regard critique sur la société, notamment celle de son pays.
(Planche de bande dessinée extraite de Y a un truc !, éditions Glénat, 1981)
Compréhension et compétences d’interprétation : (28 points)
1°) Quel est le sujet central de la conversation entre Kate et Baïkal ? (2 points)
2°) a) Que pense Kate de Globalia ? (2 points)
b) Reformulez deux arguments qu’avance Kate pour défendre son opinion. Vous illustrerez votre réponse à l’aide de deux citations. (4 points)
c) Dans les lignes 4 à 14, nommez un procédé qu’elle utilise pour convaincre Baïkal. Justifiez-le à l’aide d’un exemple issu du texte. (2 points)
3°) a) Quelle vision Baïkal a-t-il de Globalia ? Relevez deux arguments. (3 points)
b) Quel est son projet ? Justifiez votre réponse. (3 points)
4°) Quelle proposition Kate formule-t-elle à la fin de l’extrait ? Pour quelle raison ? (2 points)
5°) En vous appuyant sur les réponses précédentes et votre lecture du texte, que pensez-vous de Globalia ? Développez votre réponse de manière argumentée. (4 points)
6°) a) Quelles sont les caractéristiques de la société représentée par Quino dans cette planche de bande dessinée ? (3 points)
b) Quels liens établissez-vous avec le texte Globalia ? (3 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une proposition de correction détaillée pour cet exercice de compréhension et d'interprétation, adaptée à ton niveau de 3ème.
1°) Quel est le sujet central de la conversation entre Kate et Baïkal ? (2 points)
Méthode : Pour trouver le sujet central, il faut lire l'ensemble du texte et se demander de quoi parlent les personnages du début à la fin.
Raisonnement : Dès le début, on comprend que Kate et Baïkal sont sortis de "Globalia" pour aller dans une "non-zone". Tout au long du dialogue, ils débattent de ce monde appelé Globalia. Baïkal le critique fortement tandis que Kate le défend.
Réponse : Le sujet central de la conversation entre Kate et Baïkal est le monde dans lequel ils vivent, appelé « Globalia ». Ils débattent de ses qualités et de ses défauts, et de la possibilité de vivre ailleurs.
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