Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
A. Texte littéraire
Blaise Cendrars raconte un souvenir de la Première Guerre mondiale durant laquelle il a été mobilisé. Une nuit, il part en éclaireur, seul, pour repérer l’emplacement des tranchées allemandes.
Tout à coup je saisis mon fusil, prêt à tirer. J’avais l’impression qu’un homme avait bougé, là, en face de moi.
Étais-je victime d’une illusion des sens ? Je ne voyais rien, mais j’étais sûr qu’un homme était là.
Je bandais toutes mes facultés. J’aurais crié de frayeur. Je ne voyais rien, je n’entendais rien, je ne percevais rien.
J’attendis longtemps.
Le sang me montait à la tête. Je sentais mon cœur battre. La vue, l’ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë.
J’étais sûr qu’il était là.
Des gouttes de sueur me coulaient entre les omoplates.
Il était si proche qu’il devait m’entendre respirer puisque je m’entendais respirer, moi. Comme moi, il devait être saisi.
Je m’attendais à recevoir un coup de feu d’une seconde à l’autre.
Rien.
Toujours rien.
Rien.
Au bout d’un long moment, j’osai bouger. Je collai mon oreille au sol. Rien. Attention. Rien. Mais si… J’entends comme un bruit d’herbe froissée… On s’approche en rampant… Ils doivent être deux ou trois… Alors, je pousse un soupir de soulagement. S’ils viennent, si je les entends, le danger est moins proche que je ne le croyais, je ne suis plus en tête à tête dans le noir avec cet ennemi invisible dont j’ai cru deviner la présence, là, en face de moi, si près, si près que je craignais qu’il ne perçoive mon souffle. Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer… et c’est alors que concentrant toute mon attention sur mon index placé sur la gâchette, c’est alors que je me rends compte que ma main tremble nerveusement et que ce bruit d’herbe foulée, que je prenais pour l’approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers moi, était causé par la pointe de ma baïonnette à qui le tremblement nerveux de la main, transmis par la longueur de mon fusil, faisait décrire un va-et-vient d’une certaine amplitude parmi les herbes folles où cette pointe était engagée.
— Pauvre Blaise, me dis-je, en me détendant, tu as eu une sacrée frousse ! …
Et à l’instant même me partit en plein visage un coup de feu qui, si j’avais porté barbe ou moustache, m’eût roussi le poil. Et ce fut une galopade de bottes. Je tirai deux coups de fusil en direction de cette galopade et lançai quelques grenades, dont une grosse à manche, dans le petit bois.
… Et la belle nuit sereine reprit son cours…
Blaise Cendrars, L’Homme foudroyé, « Dans le silence de la nuit », 1945.
Je bandais toutes mes facultés : j’étais en alerte.
Baïonnette : sorte de petite épée fixée au bout d’un fusil.
Frousse : peur.
Galopade : course précipitée.
B. Image
Photogramme du film Les Sentiers de la gloire, Stanley Kubrick, 1957.
I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Toutes vos réponses doivent être intégralement rédigées. La maîtrise de la langue sera évaluée sur l’ensemble de l’épreuve.
Donnez un titre à chacune des quatre parties du texte :
— lignes 1 à 17 ;
— lignes 18 à 32 ;
— lignes 33 à 36 ;
— ligne 37. (4 points)Lignes 1 à 17 :
Quel sentiment ou quelle émotion éprouve le narrateur dans cette première partie du texte ? Justifiez votre réponse par deux citations du texte. (4 points)Lignes 14 à 20 : de « Je m’attendais à recevoir […] » à « […] Ils doivent être deux ou trois… »
Comment le narrateur rend-il compte de son inquiétude ? Deux éléments de réponse sont attendus. Chacun d’eux s’appuiera sur l’identification précise et l’analyse d’un procédé d’écriture. (6 points)Lignes 20 à 32 : de « Alors, je pousse un soupir de soulagement. […] » à « […] tu as eu une sacrée frousse ! ... »
Que fait le narrateur pour se rassurer ? Deux éléments de réponse sont attendus, justifiés chacun par une citation du texte. (4 points)Comment le narrateur, tout au long du texte, parvient-il à entretenir le doute sur la présence d’un ennemi ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur trois éléments, justifiés chacun par une citation du texte. (6 points)
Texte et image
Dans quelle mesure ce photogramme du film Les Sentiers de la gloire peut-il illustrer le texte ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur deux arguments au moins. Chacun devra être justifié en vous référant au texte et à l’image. (8 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Compréhension et compétences d'interprétation (32 points)
Blaise Cendrars, L'Homme foudroyé*, « Dans le silence de la nuit » (1945) — et un photogramme des* Sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957)
Rappel : toutes les réponses doivent être intégralement rédigées ; la maîtrise de la langue est évaluée sur l'ensemble de l'épreuve.
MethodicAi