Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
A. Texte littéraire
Le Lion et le Moucheron
« Va-t’en, chétif insecte, excrément de la terre ! »
C’est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L’autre lui déclara la guerre.
5 « Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi
Me fasse peur ni me soucie ?
Un bœuf est plus puissant que toi :
Je le mène à ma fantaisie. »
À peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
10 Fut le Trompette et le Héros.
Dans l’abord il se met au large ;
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du Lion, qu’il rend presque fou.
15 Le quadrupède écume, et son œil étincelle ;
Il rugit ; on se cache, on tremble à l’environ ;
Et cette alarme universelle
Est l’ouvrage d’un Moucheron.
Un avorton de Mouche en cent lieux le harcelle :
Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau,
20 Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée.
L’invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu’il n’est griffe ni dent en la bête irritée
25 Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l’entour de ses flancs,
Bat l’air, qui n’en peut mais ; et sa fureur extrême
Le fatigue, l’abat : le voilà sur les dents.
30 L’insecte du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l’annoncer, et rencontre en chemin
L’embuscade d’une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.
35 Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J’en vois deux, dont l’une est qu’entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.
Jean de La Fontaine, Fables, livre II, fable 9, 1668
Notes :
- chétif : faible.
- excrément de la terre : ce qui est rejeté par la terre. Il s’agit d’une insulte méprisante.
- à ma fantaisie : comme je veux.
- sonna la charge : annonça l’attaque.
- Trompette : celui qui joue de la trompette pendant une bataille.
- Dans l’abord il se met au large : pour commencer, il s’éloigne.
- fond : se précipite pour attaquer.
- l’échine : le dos de l’animal.
- à son faîte : au plus haut.
- qui n’en peut mais : qui n’en peut plus.
B. Image
(Illustration d’Auguste Vimar pour le recueil Les Fables de La Fontaine, Alfred Mame, 1897)
Questions de compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Vers 1 à 8 :
a) Qui parle au vers 1 ? À qui s’adresse-t-il ? (1 point)
b) Quelle réaction ce propos déclenche-t-il et pourquoi ? (2 points)Vers 9 à 29 :
a) Quel animal domine le combat ? Justifiez votre réponse en relevant trois expressions dans ce passage. (2 points)
b) Quelle tactique est utilisée par le moucheron aux vers 12 à 29 ? Quel en est le résultat ? (3 points)
c) Comment le fabuliste met-il en évidence le mouvement et l’agitation du combat ? Pour justifier votre réponse, vous vous appuierez notamment sur les verbes, les adverbes et le rythme des vers. (4 points)Vers 15 à 29 :
Par quels groupes nominaux le lion est-il désigné ? Quel est l’effet produit ? (3 points)Vers 30 à 34 :
Quel est le retournement de situation raconté par cette fable ? (2 points)Au cours de la fable, de quel défaut le Lion et le Moucheron font-ils preuve à tour de rôle ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur l’ensemble de la fable. (5 points)
Vers 35 à 39 :
Comment comprenez-vous les deux enseignements que le fabuliste donne au lecteur ? (4 points)Image :
a) Comment l’illustration donne-t-elle à voir les effets de l’attaque du moucheron sur le lion ? (4 points)
b) Comment s’y prend l’illustration pour laisser entrevoir la fin de la fable ? (2 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une proposition de correction détaillée et pédagogique, adaptée à des élèves de 3ème.
Compréhension et compétences d'interprétation (32 points)
1. Vers 1 à 8 :
a) Qui parle au vers 1 ? À qui s’adresse-t-il ? (1 point)
- Méthode : Il faut lire attentivement les premiers vers et repérer les indices de l'énonciation (qui parle à qui). Les guillemets indiquent des paroles rapportées directement. Les vers 2 et 3 nous donnent la réponse.
- Raisonnement : Le texte dit "C'est en ces mots que le Lion / Parlait un jour au Moucheron".
- Réponse : Au vers 1, c'est le Lion qui parle. Il s'adresse au Moucheron.
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