Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
A- TEXTE LITTÉRAIRE :
Dans son autobiographie, Georges Perec tente de se rappeler le passé de sa famille. Dans cet extrait, il retrace le parcours de sa mère.
Je ne vois pas ma mère vieillir. Les années passent pourtant ; je ne sais comment elle grandit ; je ne sais ni ce qu’elle découvre ni ce qu’elle pense. Il me semble que très longtemps les choses continuent à être pour elle ce qu’elles ont toujours été : la pauvreté, la peur, l’ignorance. Apprit-elle à lire ? Je n’en sais rien. Il m’arrive d’avoir envie de le savoir, mais trop de choses maintenant m’éloignent à jamais de ces souvenirs. L’image que j’ai d’elle, arbitraire et schématique, me convient ; elle lui ressemble, elle la définit, pour moi, presque parfaitement.
Il n’y eut dans la vie de ma mère qu’un seul événement : un jour elle sut qu’elle allait partir pour Paris. Je crois qu’elle rêva. Elle alla chercher, quelque part, un atlas, une carte, une image, elle vit la tour Eiffel ou l’Arc de triomphe. Elle pensa peut-être à des tas de choses : sans doute pas aux toilettes ou aux bals, mais peut-être au climat doux, à la tranquillité, au bonheur. On dut lui dire qu’il n’y aurait plus de massacres et plus de ghettos, et de l’argent pour tout le monde.
Le départ se fit. Je ne sais quand, ni comment, ni pourquoi. Etait-ce un pogrom qui les chassait, quelqu’un qui les faisait venir ? Je sais qu’ils arrivèrent à Paris, ses parents, elle, Soura la jeune sœur, les autres peut-être aussi. Ils s’installèrent dans le vingtième arrondissement, dans une rue dont j’ai oublié le nom.
Laja, la mère mourut. Ma mère apprit, je crois, le métier de coiffeuse. Puis elle rencontra mon père. Ils se marièrent. Elle avait vingt et un ans et dix jours. C’était le 30 aout 1934 à la mairie du vingtième. Ils s’installèrent rue Vilin ; ils prirent en gérance un petit salon de coiffure.
Je naquis au mois de mars 1936. Ce furent peut-être trois années d’un bonheur relatif que vinrent noircir sans doute les maladies de ma prime enfance (coqueluche, rougeole, varicelle), plusieurs sortes de difficultés matérielles, un avenir qui s’annonçait mal.
La guerre survint. Mon père s’engagea et mourut. Ma mère devint veuve de guerre. Elle prit le deuil. Elle me mit en nourrice. Son salon fut fermé. Elle s’engagea comme ouvrière dans une fabrique de réveille-matin. Il me semble me souvenir qu’elle se blessa un jour et eut la main transpercée. Elle porta l’étoile.
Un jour, elle m’accompagna à la gare. C’était en 1942. C’était la gare de Lyon. Elle m’acheta un illustré qui devait être un Charlot. Je l’aperçus, il me semble, agitant un mouchoir blanc sur le quai cependant que le train se mettait en route. J’allais à Villard-de-Lans, avec la Croix-Rouge.
Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance, éditions Denoël, 1975, pp.51-52
Arbitraire : personnelle, subjective
Schématique : simplifiée, imprécise
Toilettes : tenues vestimentaires
Pogrom : massacre de la population juive
Laja : grand-mère du narrateur
En gérance : exploitation d’un commerce pour le compte d’une autre personne
Illustré : journal qui comporte des illustrations
B- IMAGE :
Edward Hopper, Locomotive, 1944, Whitney Museum of American art, New York
Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
Ce texte est autobiographique. Justifiez cette affirmation en vous appuyant sur deux éléments du texte. (2 points)
Dans le passage « Je ne sais comment elle grandit… » (ligne 1), le pronom personnel « je » renvoie-t-il au narrateur adulte ou enfant ? Justifiez votre réponse. (2 points)
Lignes 1 à 7 :
a) Quelles expressions montrent les difficultés que rencontre l’auteur pour se souvenir du passé ? Relevez au moins 3 de ces expressions. (3 points)
b) Quel type de phrase est utilisé dans le texte pour montrer les difficultés du narrateur à se souvenir du passé ? (1 point)
c) Expliquez le sens de la phrase suivante : « L’image que j’ai d’elle, arbitraire et schématique, me convient ; elle lui ressemble, elle la définit, pour moi, presque parfaitement. » (lignes 6 et 7) (3 points)Lignes 8 à 17 :
a) Quel événement marquant pour la mère est raconté dans ce passage ? (2 points)
b) Expliquez l’opposition entre la vie qu’elle quitte et celle dont elle rêve. Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le texte. (4 points)Lignes 18 à 29 :
a) Quels sont les différents métiers exercés par la mère ? (2 points)
b) Pourquoi l’auteur qualifie-t-il cette période de sa petite enfance de « bonheur relatif » ? Justifiez votre réponse avec au moins deux expressions relevées dans ce passage. (4 points)Lignes 26 à 33 :
A quel contexte historique renvoie ce passage ? Justifiez votre réponse avec au moins deux éléments du texte. (2 points)Image :
a) Décrivez précisément le tableau. (4 points)
b) Quels liens pouvez-vous faire entre cette illustration et l’extrait étudié ? (3 points)
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Début de la correction
Compréhension et compétences d'interprétation (32 points)
Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance (1975) — et Locomotive*, tableau attribué à Edward Hopper (1944)*
Question 1 — En quoi ce texte est-il autobiographique ? (2 points)
Réponse rédigée. Ce texte est autobiographique parce que l'auteur, le narrateur et le personnage principal sont une seule et même personne, qui raconte sa propre vie. Deux éléments le prouvent :
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