Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
Texte littéraire
Te noha
Le pétrel
À la tombée du jour, je sonde mes ailes,
Je les déploie, je les agite, je les replie,
Je les bats, je sens, je ressens l’air.
Mes ailes tanguent, je m’envole,
5 Je souris de mon exploit,
Je crie, je pousse mon chant,
Je me libère de mon angoisse,
Je plane, je regarde droit devant,
Je m’envole à tire-d’aile vers l’horizon.
10 Je rase motte au-dessus de la mer,
Je plonge dans l’eau, je pêche toute la nuit,
Au petit jour, j’angoisse pour le retour, je fends les nuages
Je vole le long des côtes, je remonte, je survole des vallées,
Je guette, je cherche à rejoindre la falaise, la cime de ma montagne.
15 Par un soleil éblouissant, je scrute, je cherche un lieu d’atterrissage,
Je ne vois rien, je suis perdu, j’ai peur, je tombe dans un jardin, je me brise une aile.
Je me relève, je marche, je m’appuie sur une patte, puis sur l’autre, je dodeline.
Vite, je titube, vite, un perchoir de fortune, je m’installe, j’échappe au chien de la maison,
Mais j’attire l’attention.
20 J’attends mon sort soumis aux spécialistes,
Pris en main, je suis tâté, mesuré, pesé, examiné,
Enfin, vers les hauts de Pamata’i, je suis transporté,
Tenu en hauteur et dans le vent, soudain, je suis lâché.
Je sens l’air, je déploie, je replie, je sonde mes ailes,
25 J’hésite, je bats mes ailes, mes ailes tanguent,
Ouf, je vole, je suis sauvé.
Je m’envole, je crie, je pousse le chant de mon exploit, je me libère
De mon angoisse, à tire d’aile vers l’horizon,
Je rase motte au-dessus de la mer, je pêche, je plonge dans l’eau,
30 Au petit jour, j’angoisse pour le retour, je vole le long des côtes,
Je recherche ma vallée, je la vois, je rejoins ma falaise,
J’atteins la cime, j’y suis avant le jour,
Ouf, cette fois, je suis chez moi, je ne suis pas tombé.
Je cherche dans les mots de ma langue des lieux d’envol.
Flora Aurima Devatine, « Te noha – Le pétrel » Au vent de la piroguière – Tifaifai, Éditions Bruno Doucey, 2016.
Nom tahitien du pétrel, oiseau marin - Désigne aussi une personne compétente.
Rase motte : vol à très basse altitude
Dodeliner : se balancer doucement.
Pamata’i : nom de lieu à Faa’a.
Image
Peinture et assemblage de matériaux recyclés sur un mur de bâtiment à Moorea.
Collaboration artistique entre le Portugais Bordalo2 et le Néo-Zélandais Charles Williams.
Festival international de graffiti Ono’u, 2018.
Questions (30 points)
Quelle influence le titre en tahitien (Te noha) peut-il avoir sur notre lecture du texte ? (1 point)
Relevez quatre éléments de l’environnement naturel dans lequel évolue habituellement le pétrel. (2 points)
« Je souris de mon exploit » v.5. De quel exploit s’agit-il ? Expliquez. (2 points)
Vers 1 à 14.
a) L’oiseau prend son envol « à la tombée du jour » : pour quelle activité ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le texte. (2 points)
b) À quel moment revient-il vers la falaise ? (1 point)a) Dans la quatrième strophe, qu’est-ce qui déclenche la mésaventure du pétrel ? (1 point)
b) Notez deux dangers évoqués dans le texte auxquels il pourrait être confronté après son accident. Justifiez. (2 points)Qu’a-t-il pu arriver à l’oiseau entre le vers 19 et le vers 20, d’après vous ? (1 point)
L’interjection « ouf » est employée à deux reprises (v.26 et v.33).
a) Quel sentiment exprime-t-elle ? (1 point)
b) En relisant, quelle différence percevez-vous entre les deux situations vécues par l’oiseau ? (1 point)Ce texte est un poème. Donnez deux indices qui le montrent. (2 points).
Après avoir relu le texte et vos réponses aux questions précédentes, expliquez comment Flora Aurima Devatine nous fait ressentir ce que vit le pétrel, sujet de son poème. (6 points)
« Je cherche dans les mots de ma langue des lieux d’envol. » (v.34) Comment interprétez-vous ce vers détaché qui conclut le poème ? (2 points)
Quels liens pouvez-vous établir entre le poème et l’image (p.3) ? Rédigez votre réponse. (6 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une proposition de correction détaillée pour cet exercice de compréhension et d'interprétation, adaptée à des élèves de 3ème.
7) Quelle influence le titre en tahitien (Te noha) peut-il avoir sur notre lecture du texte ? (1 point)
Méthode : Il faut s'interroger sur l'effet produit par l'utilisation d'une langue étrangère ou régionale dès le titre.
Le titre en tahitien ancre immédiatement le poème dans un lieu géographique précis : la Polynésie. Cela invite le lecteur au voyage et donne une couleur locale, exotique et authentique au texte avant même d'en commencer la lecture. On s'attend à découvrir un élément de la faune locale.
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