Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
Texte littéraire :
Hina, l’héroïne, est une jeune étudiante. Mimi et John, les parents de Hina, ont invité à dîner chez eux Vaihi, homme d’affaires tahitien basé à Nouméa.
Hina : Moi je pense qu’on résoudrait le problème bien plus efficacement si on arrêtait tout simplement de manger de la viande. Regardez comme les hindouistes qui sont végétariens vivent bien plus longtemps et en meilleure santé que nous.
Mimi : Oui, enfin, si on mangeait des quantités raisonnables de viande, genre une à deux fois par semaine, on se porterait mieux. Il faudrait simplement que cette viande soit de bonne qualité !
Hina : Allez voir comment on traite les animaux d’élevage ! Allez voir dans les abattoirs ! Croisez le regard des vaches torturées, gavées de produits chimiques et dites-moi si, après, vous avez encore le cœur à manger de la viande.
John : Mais, mon trésor, les hommes ont toujours mangé de la viande. C’est la loi de la nature et c’est ainsi que le monde est fait.
Hina : Ah non, papa, s’il te plaît ! Tu ne vas pas me servir le couplet sur la nature ! Ça, c’était avant, quand la lutte se faisait à armes égales ! Quand le chasseur traquait le cochon sauvage, quand il prenait des risques pour se faufiler sans bruit jusqu’à son adversaire et que le combat l’engageait physiquement, qu’il y mettait ses tripes. Aujourd’hui, on ne chasse plus. On ne pêche plus. On ratisse le fond des océans et on rafle tout au passage. On gave nos poulets de granulés suspects, on les shoote aux antibiotiques et aux hormones sans aucun respect ni pour ces pauvres bêtes, ni pour les autres, celles qui vont les consommer ! On les traite comme de l’argent et ce mépris, on en retrouve le goût dans nos steaks en carton. Je trouve que c’est désespérant.
Vaihi : Tu as parfaitement raison, Hina ! D’ailleurs, c’est ce que j’aime dans la chasse : le corps à corps avec l’animal ! À Nouméa, je pratique la chasse au cerf, et plus souvent que tu n’imagines, je laisse partir l’animal que j’ai en joue, là, dans mon viseur ! Je sais que j’ai remporté la partie, alors je le laisse partir…
Hina : (ironique) Quel grand seigneur !
John : Ma fille, il faut s’adapter à la modernité. On ne peut plus se nourrir comme on le faisait au siècle dernier, on est trop nombreux et il faut faire des concessions.
Vaihi : Si tu le souhaites, Hina, tu peux venir voir mes élevages de fugu et tu verras qu’ils sont très bien traités. Un mot de ta part et nous partons demain matin en jet privé.
Hina : Merci, Vaihi, mais je ne suis pas intéressée. Ni par ton caviar, ni par ton jet.
Vaihi : Dans ce cas, je partirai seul. Excusez-moi, je dois appeler pour qu’on apprête mon avion pour demain.
Mimi : Bien sûr Vaihi. Mets-toi dans la cuisine, tu seras plus tranquille pour téléphoner.
Vaihi : Merci Mimi ! (Il sort)
John : Ma fille, je sais que c’est un sujet qui te tient à cœur, mais for god’s sake, si tu pouvais être un peu plus cool avec Vaihi ! J’ai bien compris qu’il n’était pas ton idéal masculin mais il est notre hôte et c’est le fils de mon ami Narii ! Ce serait bien qu’il passe une bonne soirée chez nous, qu’il puisse dîner sereinement sans avoir une ayatollah de l’alimentation qui lui fasse la leçon ! […]
Hina : Franchement, je le trouve imbuvable votre Vaihi avec son argent et ses clichés de caviar et de champagne.
Mimi : Tu exagères, Hina. Je comprends bien que vous ne partagiez pas les mêmes idéaux mais il est arrivé avec tous ces mets raffinés pour nous faire plaisir.
John : Moi, ça me va bien, le caviar…
Mimi : Et je ne sais pas si tu as remarqué mais il est complètement subjugué.
Hina : Par quoi ?
Mimi : Par toi ! Il te dévore des yeux !
Hina : Grand bien lui fasse ! Je le trouve un peu répugnant, moi, avec ses yeux de mérou…
Mimi : Hina, franchement…
(Tous se figent pendant cinq secondes et on entend une musique « magique »… Vaihi revient)
Vaihi : Excusez-moi. Une petite affaire à régler. Hina… Est-ce que maintenant… tu viendras préparer les poissons avec moi ?
John : Hina, t’aider à préparer les poissons ? Ha ha ha ! On peut aussi croire aux mira…
Hina : (voix blanche, comme ensorcelée) Oui, Vaihi. Je viens. Je vais t’aider à préparer les poissons.
Titaua Porcher, Hina, Maui et compagnie, tableau 1, scène 3, 2018, éditions Au vent des îles.
Que je vise avec mon arme.
Poisson dont la chair est très appréciée au Japon.
Pour l’amour de Dieu.
Personne qui défend des positions extrêmes.
Préparation culinaire faite avec des œufs de poisson et considérée comme un produit de luxe.
Poisson caractérisé par un corps massif, une tête épaisse, une mâchoire proéminente.
Image :
Caricature de Richard Nagy, août 2015.
(OGM : organisme génétiquement modifié.)
Compréhension et compétences d’interprétation (30 points)
- À quel genre littéraire ce texte appartient-il ? Deux justifications sont attendues. (2 points)
- Hina affirme que les humains sont « sans aucun respect ni pour ces pauvres bêtes, ni pour les autres, celles qui vont les consommer ! » (lignes 16-17). Précisez ce qu’elle veut dire et relevez les arguments qui appuient son idée. (4 points)
- « Ce serait bien qu’il passe une bonne soirée chez nous, qu’il puisse dîner sereinement sans avoir une ayatollah de l’alimentation qui lui fasse la leçon ! » (lignes 35 à 37)
Quelle attitude le père de Hina souhaiterait-il qu’elle adopte durant la soirée ? Êtes-vous d’accord avec le reproche qu’il lui adresse ? Justifiez. (3 points) - a) Parmi les sujets de désaccord entre les personnages, repérez-en deux et expliquez pour chacun d'eux les raisons du désaccord. (4 points)
b) De quel personnage vous sentez-vous le plus proche au niveau des idées ? Indiquez pourquoi. (1 point) - Quelles qualités les parents de Hina trouvent-ils à Vaihi ? Pourquoi leur fille ne partage-t-elle pas leur avis ? (3 points)
- Montrez l’évolution des rapports entre Hina et Vaihi au cours de la scène. (3 points)
- Si vous étiez metteur en scène, quelles consignes de jeu donneriez-vous aux acteurs qui incarnent Vaihi, John et Hina pour interpréter les trois dernières répliques de l’extrait (lignes 49 à 53) ? Justifiez vos choix. (4 points)
- Quel(s) lien(s) pouvez-vous faire entre le texte et l’image ? (6 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une correction détaillée et pédagogique pour cet exercice de compréhension et d'interprétation, adaptée à des élèves de 3ème.
1) À quel genre littéraire ce texte appartient-il ? Deux justifications sont attendues. (2 points)
Méthode : Pour identifier le genre littéraire d'un texte, il faut observer sa présentation (sa mise en page) et la façon dont l'histoire est racontée.
Raisonnement : En regardant le texte, on remarque tout de suite qu'il n'y a pas de narrateur qui raconte une histoire avec des paragraphes classiques. Le texte est composé uniquement de paroles échangées entre des personnages. Leurs noms sont écrits en gras au début de chaque prise de parole. De plus, on trouve des indications entre parenthèses et en italique (comme "(ironique)" ou "(Il sort)"). Enfin, la source à la fin indique "tableau 1, scène 3".
Réponse : Ce texte appartient au genre théâtral (ou au théâtre).
On peut le justifier par deux éléments :
- La présence de didascalies (les indications de mise en scène entre parenthèses et en italique, comme "(ironique)" ligne 23 ou "(Il sort)" ligne 33).
- Le texte est constitué de répliques précédées du nom des personnages (Hina, Mimi, John, Vaihi), ce qui montre qu'il s'agit d'un dialogue destiné à être joué. On peut aussi citer la source qui mentionne "tableau 1, scène 3".
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