Exercice 1Grammaire et compétences linguistiques
Texte de référence :
À bord de sa minuscule embarcation Océor, Maud Fontenoy est la première femme à réaliser l’exploit de la traversée à la rame sans assistance du Pérou jusqu’en Polynésie française.
La journée me paraît interminable. La Patchamama, déesse de la Terre, me torture sans relâche. Les derniers kilomètres sont comme un ouvrage sans fin. La célèbre Pénélope, femme d'Ulysse, semble venir chaque nuit défaire les milles nautiques que j'ai accumulés durant la journée comme elle a pu le faire avec sa broderie en attendant le retour de son (5) époux. Cette attente en devient rageante. J'ai plusieurs fois mon équipe à terre en ligne : l'accueil se prépare, sur l'île c'est l'effervescence, ils aimeraient savoir quand exactement est prévu mon accostage. Tout cela m'irrite : je ne sais pas, je ne suis ni un voilier ni un bateau à moteur, mes données ne sont qu'approximatives.
La chaleur est cuisante. Fiévreuse, je fulmine que personne ne comprenne que moi aussi (10) j'en ai assez, que je suis impatiente d'en finir et qu'ici j'ai l'impression d'être sous le gril d'un four géant. Impossible de régler le thermostat. Je toaste littéralement. Eux, à terre, ils ont des arbres, des toitures, de l'eau fraîche... Une multitude d'oiseaux dansent autour de moi. Je les interroge du regard : où est la terre? Pour seule réponse, des coassements aigus et des (15) mouvements incompréhensibles. Posés confortablement sur l'horizon, quelques nuages me jettent des regards nonchalants. Qu'est-ce qui presse? semblent-ils vouloir me dire.
Eh bien, les Marquisiens m'attendent, voilà.
Je rame encore. La journée est longue. Le petit avion six places du haut-commissaire Michel Mathieu vient de passer au-dessus de nous. Je crois que c'est ma famille accompagnée (20) de Raymond Gauvain, chef de bureau à la défense. Ils doivent s'impatienter. En les regardant repartir et après leur avoir fait des grands signes de la main, je pense à toutes ces choses que je vais me précipiter de faire dès que j'aurai posé pied à terre. Tout d'abord une douche, oh non, un bon bain plutôt. C'est ça, je vais enfin me baigner! Puis un repas copieux... ou peut être le repas avant d'aller nager, puis dormir, enfin dormir plus d'une heure, m'endormir sans (24) avoir ni à me réveiller pour échapper aux dangers, ni à me recroqueviller pour ne pas me cogner, fermer boutique en sachant que je ne cours plus aucun risque. Pouvoir à nouveau compter sur les autres, ne plus être seule.
Je me retourne encore une fois timidement.
Une étouffante émotion m'envahit aussitôt et me pique la gorge. Mes mains tremblent (30) d'excitation. Ça y est, je la vois !
Mes joues sont bouillantes.
Là, devant moi, sous mes yeux noyés par le soulagement, à portée de mes avirons, derrière un léger voile blanc de condensation, un trait de crayon de papier presque invisible se dessine au-dessus de la ligne l'horizon.
(35) Est-ce un mirage?
Je tourne la tête une seconde et regarde à nouveau : Non! Je ne rêve pas. C'est bien la terre. Un sourire immense se dessine sur mon visage bouleversé. Ivre de bonheur, je suis comme un enfant la veille de Noël, trépignant d'impatience devant cette forme bleutée qui, peu à peu, comme par enchantement, se distingue du ciel.
(40) C'est mon tout dernier coucher de soleil en mer. L'astre rejoint voluptueusement l'océan. Tout se colore d'orange et de rouge. Une nouvelle terre dorée est en train de naître sous mes yeux ébahis. Dire qu'il y a à peine quelques heures, seul l'infini Pacifique se dressait devant moi. Je dévore des yeux cette île miraculée qui s'ourle entièrement de rose. Océor, lui aussi (45) caressé de lumière, rougit autant que moi. C'est pleine lune ce soir, comme le jour de mon arrivée de l'Atlantique nord. Je me laisse envoûter, je crois voir déjà la cime des cocotiers et les toits des petites maisons que j'imagine sur l'île. Hiva Oa sort doucement de la mer.
Maud Fontenoy, Le Pacifique à mains nues, éditions Robert Laffont, 2005
Grammaire et compétences linguistiques (20 points)
De la ligne 16 (« Eh bien ») à la ligne 38 (« du ciel. »), relevez :
a. Une phrase exclamative qui exprime l’enthousiasme, l’excitation. (1 point)
b. Une phrase interrogative qui exprime l’incertitude, l’hésitation. (1 point)Lignes 35 à 37 :
« Je tourne la tête une seconde et regarde à nouveau : Non! Je ne rêve pas. C'est bien la terre. Un sourire immense se dessine sur mon visage bouleversé. Ivre de bonheur, je suis comme un enfant la veille de Noël ».
Réécrivez ce passage en remplaçant « je » par « elles ». (10 points)« Le petit avion six places du haut-commissaire Michel Mathieu vient de passer au-dessus de nous. […] je pense à toutes ces choses que je vais me précipiter de faire[…] » (lignes 17 à 21) :
a. À quel temps sont conjugués les trois verbes soulignés de ce passage ? (1 point)
b. Indiquez la valeur de chaque verbe conjugué. (2 points)« Pour seule réponse, des coassements aigus et des mouvements incompréhensibles. » (lignes 13-14) : Ajoutez au moins un verbe conjugué à cette phrase. Elle devra conserver le même sens. (3 points)
D’après le contexte de la phrase, quel est le sens du mot « accostage » à la ligne 7 ? (2 points)
Début de la correction
Correction — Grammaire et compétences linguistiques (Brevet 2024, Polynésie française)
Le texte support est un extrait de Le Pacifique à mains nues de Maud Fontenoy, récit autobiographique de sa traversée à la rame du Pacifique.
Question 1 — Types et valeurs de phrases
Zone à étudier : De la ligne 16 (« Eh bien ») à la ligne 38 (« du ciel »).
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