Exercice 1Compréhension et compétences d'interprétation
A. Texte littéraire
Le cardinal de Richelieu a découvert que la Reine de France, Anne d’Autriche, était sensible aux charmes d’un admirateur secret : le Duc de Buckingham. Pour la piéger, il fait envoyer une fausse lettre dans laquelle la Reine invite le Duc à un rendez-vous. Buckingham a appris qu’il sagissait d’un piège, mais il décide de se rendre tout de même à cette invitation pour rencontrer celle qu’il aime.
En ce moment, une porte cachée dans la tapisserie s’ouvrit et une femme apparut. Buckingham vit cette apparition dans la glace ; il jeta un cri, c’était la reine !
Anne d’Autriche avait alors vingt-six ou vingt-sept ans, c’est-à-dire qu’elle se trouvait dans tout l’éclat de sa beauté.
Sa démarche était celle d’une reine ou d’une déesse ; ses yeux qui jetaient des reflets d’émeraude, étaient parfaitement beaux, et tout à la fois pleins de douceur et de majesté.
Sa bouche était petite et vermeille, et quoique sa lèvre inférieure, comme celle des princes de la maison d’Autriche, avançât légèrement sur l’autre, elle était éminemment¹ gracieuse dans le sourire, mais aussi profondément dédaigneuse dans le mépris.
Sa peau était citée pour sa douceur et son velouté, sa main et ses bras étaient d’une beauté surprenante, et tous les poètes du temps les chantaient comme incomparables.
Enfin ses cheveux, qui, de blonds qu’ils étaient dans sa jeunesse, étaient devenus châtains, et qu’elle portait frisés très clair et avec beaucoup de poudre, encadraient admirablement son visage, auquel le censeur² le plus rigide n’eût pu souhaiter qu’un peu moins de rouge, et le statuaire³ le plus exigeant qu’un peu plus de finesse dans le nez.
Buckingham resta un instant ébloui ; jamais Anne d’Autriche ne lui était apparue aussi belle, au milieu des bals, des fêtes, des carrousels⁴, qu’elle lui apparut en ce moment, vêtue d’une simple robe de satin blanc et accompagnée de doña Estefania, la seule de ses femmes espagnoles qui n’eût pas été chassée par la jalousie du roi et par les persécutions de Richelieu.
Anne d’Autriche fit deux pas en avant ; Buckingham se précipita à ses genoux, et avant que la reine eût pu l’en empêcher, il baisa le bas de sa robe.
« Duc, vous savez déjà que ce n’est pas moi qui vous ai fait écrire.
- Oh ! Oui, Madame, oui, Votre Majesté, s’écria le duc ; je sais que j’ai été un fou, un insensé de croire que la neige s’animerait, que le marbre s’échaufferait ; mais, que voulez-vous, quand on aime, on croit facilement à l’amour ; d’ailleurs je n’ai pas tout perdu à ce voyage, puisque je vous vois.
- Oui, répondit Anne, mais vous savez pourquoi et comment je vous vois, Milord. Je vous vois par pitié pour vous-même ; je vous vois parce qu’insensible à toutes mes peines, vous vous êtes obstiné à rester dans une ville, où, en restant, vous courez risque de la vie et me faites courir risque de mon honneur ; je vous vois pour vous dire que tout nous sépare, les profondeurs de la mer, l’inimitié des royaumes, la sainteté des serments. Il est sacrilège de lutter contre tant de choses, Milord. Je vous vois enfin pour vous dire qu’il ne faut plus nous voir. »
Alexandre DUMAS, Les Trois Mousquetaires, chapitre XII, 1843.
¹ Éminemment : extrêmement.
² Censeur : personne chargée de veiller à ce que le comportement des autres respecte la morale publique.
³ Statuaire : sculpteur qui réalise des statues.
⁴ Carrousel : spectacle équestre.
B. Image
Photogramme extrait du film La Reine Christine, Rouben Mamoulian, 1933.
Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)
A. Texte
Lignes 1-2 :
a. Relevez les trois termes qui désignent Anne d’Autriche. Que remarquez-vous ? (2 points)
b. Pourquoi pensez-vous que Buckingham jette un cri lorsqu’il la voit ? (1 point)Lignes 5 à 15 :
a. En vous appuyant sur le texte, montrez que la description d’Anne d’Autriche met en avant la dimension exceptionnelle du personnage et de sa beauté. (4 points)
b. Montrez que quelques réserves apparaissent cependant dans ce portrait. (2 points)Lignes 16 à 20 :
a. À quelles occasions le Duc a-t-il déjà rencontré la Reine et en quoi cela explique-t-il qu’il soit surpris ici par ce qu’il voit ? (3 points)
b. Que nous apprend alors ce passage sur ce que ressent le Duc à l’égard d’Anne d’Autriche ? Vous vous appuierez sur le texte pour justifier votre réponse. (2 points)« Je sais que j’ai été un fou, un insensé de croire que la neige s’animerait, que le marbre s’échaufferait » (lignes 24-25) :
a. Que désignent les mots « neige » et « marbre » ici ? Expliquez leur emploi et identifiez la figure de style utilisée. (3 points)
b. Lignes 24 à 27 : que nous dévoile alors la réplique du Duc sur son état d’esprit ? Justifiez votre analyse par des éléments précis du texte. (3 points)En vous appuyant sur le texte et plus particulièrement sur la ligne 28 montrez que, malgré la distance qu’elle met entre eux deux, la Reine a en réalité des sentiments pour le Duc. (4 points)
B. Image
En vous appuyant sur la position du personnage, les éléments de décor et les effets de lumière, vous vous demanderez quel sentiment est mis en scène. (4 points)
Qu’est-ce qui rapproche ce personnage de celui d’Anne d’Autriche dans le texte de Dumas ? Appuyez-vous sur des éléments du texte et de l’image pour répondre à cette question. (4 points)
Afficher le sujet original, avec ses figures
Début de la correction
Voici une proposition de correction détaillée et pédagogique, adaptée à des élèves de 3ème.
A. Texte
1. Lignes 1-2 :
a. Relevez les trois termes qui désignent Anne d’Autriche. Que remarquez-vous ? (2 points)
Méthode : Il faut lire attentivement les deux premières lignes et repérer les mots ou groupes de mots (périphrases) qui servent à nommer le personnage d'Anne d'Autriche. Ensuite, il faut analyser ces termes pour en tirer une conclusion.
Raisonnement : Dans la phrase "une femme apparut. Buckingham vit cette apparition dans la glace ; il jeta un cri, c’était la reine !", on trouve trois termes pour désigner Anne d'Autriche : "une femme", "cette apparition" et "la reine".
On remarque une progression dans ces termes : on passe d'un terme très général et anonyme ("une femme") à un terme presque magique ou irréel ("cette apparition"), pour finir par son titre officiel et majestueux ("la reine"). Cette progression crée un effet de surprise et de révélation.
Réponse finale : Les trois termes qui désignent Anne d'Autriche sont "une femme", "cette apparition" et "la reine". On remarque une gradation (une progression) : le texte passe de l'anonymat ("une femme") au merveilleux ("apparition") pour aboutir à l'identité prestigieuse du personnage ("la reine").
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