Sujet 3
Expliquer le texte suivant :
Je ne puis accepter les formes de subordination où l’intelligence, l’ingéniosité, la volonté, la conscience professionnelle n’ont à intervenir que dans l’élaboration des ordres par le chef, et où l’exécution exige seulement une soumission passive dans laquelle ni l’esprit ni le cœur n’ont part ; de sorte que le subordonné joue presque le rôle d’une chose maniée par l’intelligence d’autrui. Telle était ma situation comme ouvrière.
Au contraire quand les ordres confèrent une responsabilité à celui qui les exécute, exigent de sa part les vertus de courage, de volonté, de conscience et d’intelligence qui définissent la valeur humaine, impliquent une certaine confiance mutuelle entre le chef et le subordonné, et ne comportent que dans une faible mesure un pouvoir arbitraire entre les mains du chef, la subordination est une chose belle et honorable.
Soit dit en passant, j’aurais été reconnaissante à un chef qui aurait bien voulu m’assigner un jour quelque tâche, même pénible, malpropre, dangereuse et mal rétribuée, mais qui aurait impliqué de sa part une certaine confiance en moi ; et j’aurais obéi, ce jour-là, de tout mon cœur. Et je suis sûre que beaucoup d’ouvriers sont comme moi. Il y a là une ressource morale qu’on n’utilise pas.
Simone Weil, La Condition ouvrière, 1951